... "Je ne vis pas passer les heures du vol, franchement. Il faut dire que la compagnie nous mis "Pirates des Caraïbes", "Spider-Man 2" et "Samouraïs", un film français que j'ai particulièrement aimé (surtout les répliques de Nadir, comme "eh les mômes c'est quoi le numéro des flics ? Attendez j'vais appeler les renseignements".). C'était sous-titré, bien entendu.
Quand j'arrivai à l'aéroport, je dûs faire la queue avec les autres Japonais qui venaient en visite en France. Je montrai mon passeport au douaniers très aimables (prendre cette phrase au sens ironique, bien entendu), et sortis à l'air libre et pollué. Ensuite je dûs prendre le car jusqu'à la gare de l'Est.
Ca me faisait tout drôle de voir autant d'Occidentaux, moi qui ai grandit au milieu des Asiatiques. Personne ne se ressemblait, et très peu de gens avaient les yeux bridés. Je regrettais déjà mon Japon natal. Ce sentiment fut vite refoulé. Il paraît que Paris est la plus belle ville du monde. Seulement, j'étais comme Saint Thomas, tant que je ne vois pas je ne crois pas. Je n'y pouvais, rien c'était comme ça.
J'arrivai entière à l'hôtel qui se trouvait pile en face de la gare bondée de monde. J'allai directement à l'accueil me présenter. Un grand Noir plutôt imposant chercha dans son registre.
- C'est un monsieur qui a réservé pour vous, c'est ça ?
- Ouais, c'est mon père.
Ouais... Quelle grâce !
- Très bien. Chambre vingt-deux, au deuxième étage.
(Vingt-deux ? Et merde...)
Je dûs faire une drôle de tête, parce que le gars me fis la remarque.
- Quelque chose ne va pas ?
- Si, si. Y'a pas de soucis, vous inquiétez pas.
Donnant un coup de reins pour mettre mon sac convenablement sur mon dos, je me dirigeai vers les escaliers.
- Excusez-moi !
(Quoi encore ?...)
- Oui ? demandai-je, en me tournant, le pied sur une marche.
- Vous venez du Sud de la France ?
(J'ai une tête à venir du Sud ?)
- Euh... Nan, pourquoi ?
- Vous avez un accent qui ressemble à un mélange de Marseille et de Corse.
- Ah, ben nan, je ne vient ni de Marseille, et encore moins de Corse.
(Je viens bien d'une île, mais pas celle-là !)
Tournant la tête pour ne pas m'envoyer une gamelle dans les escaliers, je montai les deux étages, en cogitant que 2 et 2 font 4, et que 4 était un chiffre porte malheur. D'ailleurs, aucuns hôtels japonais n'avaient de chambre numéro 4, comme ceux en Amérique n'avaient pas de chambre numéro 13.
J'arrivai enfin dans ma piaule, toute simple, comme tous les hôtels en général : un meuble, un placard, un lit, une salle d'eau, et je remarquai qu'il y avait même un clic-clac. Pas mal finalement...
Je laissai mon sac par-terre et m'allongeai sur le lit. Il était 20h30 selon l'horloge au mur. Et selon mes calculs, il était 4h30 au Japon. Malgré tout, je n'avais pas sommeil. C'était sans doute dû au fait d'être insomniaque.
Me redressant d'un bond, je décidai de sortir un peu mes dégourdir les jambes. J'allai d'abord aux toilettes faire ce que je devais, me lavai les mains (ben ouais, quand même). Ensuite je pris mon sac en bandoulière que j'avais emmené pour ne pas emporter mon sac à dos partout, et fonçai dehors. Peut-être qu'inconsciemment, je voulais fuir ce putain de chiffre 4, allez savoir... J'en profitai pour demander un mec de l'accueil un plan du métro Parisien. J'en avais imprimé un que j'avais trouvé sur le net, mais je ne l'avais pas trouvé dans mes affaires. Il m'en dégota un, et je vis sur sa veste un prénom cousu en doré, Abraham. Au moins, je savais ça. Le remerciant, je sortis, et allai à la première bouche de métro.
Ne sachant pas où aller, je me décidai pour les Champs-Elysées. Les gens disaient que c'était la plus belle avenue du monde. J'avais pouvoir me faire une idée.
Sortant le plan de la poche arrière de mon froque, je me mis à l'examiner avec attention, comprenant assez vite que je devais prendre la ligne 4 (encore !), pour changer à Châtelet et prendre la ligne 1. Ce que je fis, et je ne fus pas trop déçue, je dois dire. Je sortie du métro, et me retrouvai face à la statue d'un homme qui devait bien mesurer dans les deux mètres. Je reconnu Charles DeGaulle, un mec que je n'avais jamais pu blairer. Allez savoir pourquoi, je ne pouvais pas me le voir en peinture !
Je tournai la tête à droite et à gauche, et remarquant que les gens allaient plus vers la deuxième direction, je me décidai pour monter dans ce sens.
En fait, il y avait plus de magasins qu'autre chose. Et c'était pas donné à première vue, surtout pour un Français qui était ouvrier ou simple employé.
J'allai quand même faire un tour dans une fnac qui s'appelait Virgin, et me mis en quête de films ou de CD. Je fus plus que surprise de ne pas voir de disques en rapport avec la J-Music. C'était pourtant connu si j'en croyais les blogs et les sites Européens.
Haussant les épaules, je me dirigeai de l'autre côté des escaliers, à l'étage, et regardai les films. Il y en avait pas mal que je n'avais pas vu, mine de rien. Je me pris "La Folie des Grandeurs" et "La Grande Vadrouille". J'adorais Louis de Funès et Bourvil. Après je me trouvai les deux "Batman" avec Michael Keaton (n'étant pas fan des deux autres). En redescendant pour payer (en plus à prix réduits, qu'elle chance !), je pensai au bol que l'Europe et le Japon aient la même zone pour les DVD. Je n'aurai pas de problèmes pour les voir... Mais, j'aurai des problèmes pour autre chose...
En sortant, j'allai au McDonald's, et me commandai deux hamburgers, des frites, un sunday au caramel et un coca. Je demandai aussi du ketchup pour accompagner mes frites, qui ne firent pas long feu.
Après ce repas, la fatigue se fit sentir. Je décidai de rentrer à l'hôtel pour dormir un peu, mais me promis de me lever tôt demain, car je voulais me balader un peu et passer à Notre-Dame de Paris et au cimetière du Père Lachaise.
Traçant jusqu'à la première bouche de métro qui était Georges V, je me pris la première rame qui se présentait, et heureusement, arrivait au Châtelet. Il ne me restait plus qu'à faire le chemin en sens inverse.
Malgré la fatigue, et le fait que j'avais le tête dans le cul, arrivée à destination, je demandai à Abraham si je pouvais appeler mon père. Il me dit que oui, et me désigna la cabine téléphonique près du présentoir à pubs. Je le remerciai puis, en réprimant un bâillement, je pris le combiner noir et composai le numéro. Sans doutes, mon père et Megumi dormaient, à moins que... mais ça aurait été étonnant à cette heure-ci.
Au bout de deux sonneries, il y eut un déclic.
- moshi-moshi !
- Papa ? Annouck da !
- Ah, enfin ! Je me faisais du soucis, kuso !
- Oui, je vais bien, je suis bien arrivée. dômo.
Il y eut un rire gêné de sa part. Je soupirai en attendant des paroles un peu moins directes.
- Excuse-moi, ma puce. Mais comme tu n'as pas appelé...
- Et le fuseau horaire, Papa, ça te dis quelque chose ?
- Tu as raison.
- Ecoute, je reste pas, je vais au lit. Je suis crevée. C'était juste pour t'avertir que tout va bien.
- Okay. Repose-toi, et pour demain amuse-toi à fond !
- Oui, Chef !
- Annouck ?!
- Ouais ?
- Je t'aime.
- Moi aussi, répondis-je avec un sourire. Embrasse tout le monde, surtout Tetsu, okay ?
- T'arrête avec lui ?
Je décelai comme une pointe de jalousie dans sa voix.
- Okay, alors pas Tetsu...
- Bon.
- A la place, c'est Ken et Yukkie, d'accord ?
Silence.
- Je-dé-con-ne ! kisu !
Sur ces mots, je raccrochai et fonçai dans ma chambre. Douchée, en pyjama, et calée sur le lit, je terminai de lire "Double Hélice" : "Devant lui, il n'y avait qu'un monde prêt à disparaître ; la seule chose dont il pouvait être sûr, c'étaient les battements de ce coeur. Grâce à eux, il éprouvait la certitude d'être vivant.".
Je fermai le livre, programmai le réveil de mon portable, et m'endormis de suite."...